La nuit passée, celui qui depuis plusieurs années me cherche des noises a certainement compris que je ne suis pas homme à me laisser faire...
Tout y était... apocalyptique, dantesque...? Je cherche le descriptif le plus approprié aux moments traversés vers 2h du matin.


Quelques temps après que la nutrition diffusée par sonde gastro-nasale eut fini de couler, je me suis rendu aux toilettes, comme d'habitude. Et là, des douleurs épouvantables m'ont une fois de plus traversé le ventre et le dos, à la manière d'un poignard, me coupant le souffle, me laissant vidé...
Alors que ces effets physiques lancinaient mon corps, dehors, il ventait, hurlait, neigeait à bourrasques... Pour peu, je voyais le toit de la maison faisant face à ma chambre du Chuv se détacher...
Tempête dans mes intestins, tempête à Lausanne. Et moi, là au milieu, je pourrais crier... Oui, je pourrais. Mais non, je ne crie pas.
Au contraire, je réalise vraiment ce au centre de quoi je suis. Le combat que je mène depuis trois ans m'amène là, à ce constat.. Comme jamais, je prends conscience du combat qui nous unit, le crabe et moi. Je dis le crabe mais, en fait, j'en ai déjà tué des dizaines, de crabes, depuis que le premier a mis une pince dans mon poumon gauche...
Un combat comme jamais je n'en ai encore vécu. Des douleurs, j'en ai connu, de toutes sortes. Des contextes difficiles aussi, ne serait-ce qu'en montagne, lorsque les éléments se liguent contrent celui qui cherche à la gravir. Mais jamais dans de telles proportions.
Alors, cette nuit, j'ai vraiment réalisé que ce serait lui, ou moi.
Hospitalisé une dizaine de jours pour faire le point sur les pour et contre du traitement expérimental auquel je suis soumis depuis six mois, je vois parfaitement clair dans le défi qui m'est posé.
Je pensais que les douleurs que j'éprouvais pouvaient avoir deux origines. Soit elles sont des effets secondaires du produit injecté toutes les trois semaines, le Nivolumab, soit elles sont liées à la métastase qui coiffe ma glande surrénale gauche, la seule qui ait grandi depuis le début de l'immunothérapie, et qui de par sa position proche d'un nœud de nerfs et du système digestif pourrait provoquer mes ennuis.
A cette heure de la nuit, j'étais loin d'imaginer la séance de 14h00 de cet apres-midi dont je viens de sortir à l'instant et vous la décris... Je m'attendais à avoir un scanner de repérage pour préparer les 10 séances de rayons prévues pour éradiquer ladite métastase...
Mais les choses ont pris une autre tournure. J'ai dans un premier temps été informé du fait que mon rendez-vous était avancé, que je rencontrerais avant toute chose un radiologue.
A l'heure dite donc, je me suis présenté à lui... Il était accompagné de deux de ses collègues, dont un que je n'avais encore jamais vu. Ce dernier, à peine entendu le descriptif de mes douleurs, s'est vu conforté dans l'idée que mon dossier lui avait donné, et a tout de suite été formel... Il s'agit des symptômes ressentis par les patients atteints d'un cancer du pancréas... Mais moi, m'a-t-il encore dit, mon pancréas est intact. En revanche, ce praticien n'exclut pas que mes douleurs à l'estomac trouvent leur origine dans une chaîne de ganglions proches de cet organe vital... Du coup, il m'a proposé une opération visant à, au moyen d'aiguilles du style celles utilisées en acupuncture, désactiver les nerfs touchés par ces ganglions.
Cette intervention devrait être agendée début janvier. Il est évidemment trop tôt pour savoir si elle me permettra de recouvrer l'appétit. On verra.
En tous les cas, mon combat contre le crabe continue à me faire vivre de palpitants rebondissements. Et voyez-vous, c'est cela que j'aime. Une fois de plus, une sorte de mini colloque entre trois spécialistes et moi comme patient a permis de franchir une étape. Un véritable travail d'équipe, comme je les apprécie !
Quoiqu'il en soit de l'issue de ce formidable défi, que ce soit pour moi ou pour mes frères d'armes actuels et à venir, je mène ce combat avec un énorme plaisir, sans cesse renouvelé.
Banzaïïï !


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